Témoignages

C’est pendant les fêtes de Dasain que nous nous sommes rendus à Katmandou, celles-ci tombant en même temps que nos vacances scolaires suisses. Bien que n’étant pas à l’école pendant ces jours fériés, Monsieur Ale a bien voulu organiser pour nous tous les rendez-vous à l’école où nous avons été reçus par un de ces collaborateurs, Niraj Gurung.

J’étais nerveuse et impatiente avant la rencontre avec ma filleule. Je me demandais comment ça allait se passer, ce que nous aurions à nous dire... Mon attitue était donc assez peu naturelle! Nous l’avons découverte en compagnie de sa jeune soeur, également élève de Prithwi, ainsi que de sa maman qui semblait encore plus amaigrie que sur les photos que Michèle avait prise en mars.

Kalpana s’est approchée très près de moi avant de me saluer à la mode népalaise et pendant un instant j’ai eu une hésitation. Pouvais-je la toucher, l’embrasser? Mais je suis restée là, sans rien faire. Pendant tout le temps de l’entretien avec Niraj, nous sommes restées à nous dévisager, sans oser nous parler.

Puis nous sommes partis à la découverte de la ville en compagnie des deux filles, mais aussi de Junu et Gita qui étaient les seules à rester à l’école pendant les vacances (elles n’ont pas revu leur famille depuis cinq ans). En quittant l’école, toute la petite troupe s’est complètement transformée. Les élèves calmes, obéissantes et sérieuses se sont transformées en adolescentes pleines de vie, riant, babillant sans arrêt et nous posant mille questions. Tout au long de la journée, elles se sont révélées d’excellents guides, mais aussi d’une grande curiosité, voulant toujours en savoir plus sur les endroits que nous visitions (notre “vrai” guide était même parfois bien en peine de leur répondre...) Elles s’amusaient énormément à sonner les cloches de chaque temple et à faire tourner sept fois les moulins à prière (pour faire à chaque fois un vœu !) Elles nous dévoraient des yeux et je les ai surprise à tirer sur leur jean, essayant comme moi de les porter à la manière occidentale « taille basse ». A midi, nous avons pris la direction d’un restaurant où les filles à l’unanimité ont décidé de manger des momos, raviolis chinois. Au moment de les quitter, il y a eu comme un grand vide. Tout semblait bien trop calme et sans joie. Nous avons retrouvé toute la famille de Kalpana deux jours plus tard pour une séance de “shopping”. Tout d’abord direction le supermarché afin d’acheter des denrées alimentaires pour la maison, ensuite les boutiques afin d’habiller les deux filles et leur frère de huit ans. J’ai découvert alors une adolescente déjà victime de la mode et… des marques. Le marché népalais étant inondé de contrefaçons chinoises. Nous avons passé le reste de la journée avec Kalpana et sa soeur Samjhana, puis nous les avons raccompagnées chez elles, découvrant ainsi l’endroit misérable où elles vivaient... une pièce crasseuse d’environ 5 mètres carrés, meublée de deux lits. Leur maman nous a montré ses albums photos, particulièrement celles de son époux mort lors des combats contre les maoïstes, insistant pour que nous en emportions. (A noter que la veuve et les orphelins n’ont eu pour toute aide du gouvernement qu’une médaille…) Tout le monde sentait que le moment des adieux était arrivé, mais aucun ne pouvant s’y résoudre…Nous nous sommes finalement dit au revoir. C’était très difficile, tout le monde pleurait et nous avons promis à Kalpana de revenir dès que nous le pourrions.

Ce n’est pas un exercice facile pour moi de raconter cette rencontre, mais je veux surtout vous dire le bonheur que ça a été pour Kalpana et moi de pouvoir être ensemble, nous parler, rire, nous dire nos soucis. Une forte relation s’est immédiatement installée entre nous, comme si nous nous étions toujours connues et je peux dire que désormais une partie de moi appartient au Népal...